Allocution de Madame Isabelle CHASSOT
Directrice de l’instruction publique, de la culture et du sport,
le 19 août 2009

Révérende Mère Abbesse, chère Mère Gertrude,
Chères Sœurs de la Communauté de la Maigrauge,
Révérend Père Abbé, cher Dom Mauro,
Monsieur le Président de l’Association des Amis de la Maigrauge,
Monsieur le Chef du service de la culture,
Madame la Directrice du Musée d’art et d’histoire,
 
Mesdames, Messieurs,
 
Chers invités,
 
 
 
« Le Monastère de la Maigrauge possède, dans sa clôture, un objet du plus haut intérêt, autant par son ancienneté et sa valeur artistique que par sa rareté, qu’on pourrait peut-être même qualifier d’unique en son genre, car, personnellement du moins, nous ne connaissons rien de semblable ni de fait ni par description ou reproduction ». Ainsi débute une lettre adressée le 31 mai 1902 à mon prédécesseur Georges Python par Max Techtermann, alors Conservateur du Musée d’art et d’histoire.
 
Cette missive constitue aussi la toute première pierre du long chemin des relations de l’Etat de Fribourg avec l’Abbaye de la Maigrauge au sujet du Saint Sépulcre pascal. Et nous posons aujourd’hui une pierre supplémentaire et importante de ce chemin, en cette veille de la fête de Saint Bernard de Clairvaux, par la remise de la copie du Saint Sépulcre à la Communauté et par la signature d’une nouvelle convention.
 
Au printemps 2002, soit exactement un siècle après le rapport de Max Techtermann, cent ans après l’achat par l’Etat de Fribourg du Saint Sépulcre, son dépôt jusqu’en 1997 dans la chapelle latérale de l’église dans laquelle nous nous trouvons, l’Abbaye de la Maigrauge, appuyée par l’Association de ses Amis, a souhaité le retour du Saint Sépulcre à l’église abbatiale, l’oeuvre étant exposée au Musée d’art et d’histoire depuis près de cinq ans.
 
Pour des raisons de bonne conservation de l’oeuvre, qui avait dû être restaurée à trois reprises, et d’accessibilité d’un large public, j’ai indiqué dès 2002 qu’il ne me paraissait pas souhaitable de replacer le Saint Sépulcre dans l’église conventuelle et j’ai proposé, considérant l’importance que cette oeuvre a sur le plan cultuel et spirituel, d’en faire réaliser, à charge de l’Etat, une copie parfaite, qui serait remise à la Communauté. J’ai aussi souhaité une révision des accords passés en 1902 entre l’Etat et l’Abbaye.
 
Après une étude circonstanciée réalisée par l’Expert Center de l’EPFZ, un examen approfondi de la situation, l’Abbaye a consenti à cette solution et je veux aujourd’hui lui exprimer toute ma reconnaissance pour l’accord trouvé qui, comme me l’a écrit Mère Abbesse en décembre 2006, constitue une « solution juste et satisfaisante, à la fois pour l’Etat de Fribourg et pour l’Abbaye de la Maigrauge ».
 
Vous me permettrez d’exprimer également aux artisans de l’accord signé aujourd’hui toute ma gratitude : je pense d’abord à mon collègue et prédécesseur Marius Cottier, alors président des Amis de la Maigrauge, à Me Dominique Dreyer, son successeur à la tête de cette importante association, qui ont contribué tout au long des négociations et par leurs conseils éclairés, bénéficiant de la confiance de la Communauté des moniales, à trouver une solution équitable sur plusieurs points. Je tiens à remercier M. Gérald Berger, Chef du service de la Culture, et M. Laurent Passer, Conseiller juridique, qui ont conduit, pour l’Etat, les négociations, dans un esprit à la fois de respect de l’intérêt public et d’ouverture à la dimension cultuelle que revêt le Saint Sépulcre.
 
Meine Dankbarkeit gilt auch Frau Yvonne Lehnherr, ehemalige Direktorin des Museums für Kunst und Geschichte, und ihrer Nachfolgerin Frau Verena Villiger Steinauer, für ihren wichtigen wissenschaftlichen Beitrag sowie für die Aufarbeitung der Kartei der Museumssammlung dank neuen Erkenntnissen bezüglich der Datierung des Heiliggrabes.
 
 
 
Unterstreichen möchte ich schliesslich die Bemühungen des Museums für Kunst und Geschichte für die Erstellung der Kopie. Allen Personen - Schreiner, Maler, Kunstrestauratoren und Fotograf -, die daran mitgewirkt haben, sei an dieser Stelle gedankt. Es handelt sich um die bis anhin bemerkenswerteste und wichtigste Arbeit im Zusammenhang mit einem Werk im Besitz des Kantons.
 
Oui, Mesdames et Messieurs, c’est bien cette oeuvre et ce qu’elle représente qui nous rassemble mystérieusement aujourd’hui en ce lieu. En effet, la beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple. Pour reprendre les mots de l’écrivain et peintre Emile Bernard, cela implique trois opérations : « voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme ». Quiconque arrive à cette troisième opération entre, selon Emile Bernard, dans le domaine de l’art. Oserais-je ajouter qu’il entre aussi dans le domaine de la spiritualité ?
 
En effet, le Saint Sépulcre est considérée par la Communauté des moniales, appartenant à un ordre justement dit contemplatif, comme une icône. L’icône est certes une représentation mais l’icône implique nécessairement une vénération. Elle est regardée et elle pose son regard sur celui qui la vénère. Naturellement, ce n’est pas la planche de bois qui est vénérée mais Celui qui, par amour pour les hommes, a accepté de devenir matière et de prendre visage humain.
 
Tel est bien le cas avec le Saint Sépulcre pascal de la Maigrauge. Et j’ai rapidement compris, chère Mère Abbesse et chères Sœurs, grâce à vous et à toutes celles qui vous ont précédés en ces murs séculaires et qui ont vénérés avec foi et amour ce Saint Sépulcre durant plus de six siècles, qu’il était plus qu’une extraordinaire oeuvre d’art à conserver pour les générations futures mais bien un sujet - et non seulement un objet – inspirant prières et recueillement.
 
Je forme l’espoir que les visiteurs du Musée d’art et d’histoire, où se trouve l’original, et les visiteurs de cette église abbatiale qui va abriter la copie du Saint Sépulcre, verront, observeront et contempleront ce magnifique témoignage de la sensibilité artistique et spirituel de ceux qui l’ont créé vers 1329. Car, si le cœur ne contemple pas, ne peut-on pas dire que l’œil ne verra pas ?
 
« Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler ! » a dit l’immense écrivain Julien Gracq. L’action est une chose, la contemplation en est une autre, pensent souvent nos contemporains, allant même à juger utile la première et inutile la seconde. De là aussi à se méprendre sur le rôle et la nécessité d’une communauté monastique contemplative en ce XXIe siècle confondant parfois techniques et modernité. Je crois au contraire que la contemplation, au sens spirituel, peut être une force aussi importante que l’action dans le monde. Et que ces deux forces, à la condition que l’action ne se transforme pas en activisme et la contemplation en paresse de l’esprit, peuvent s’enrichir mutuellement pour le bien de l’homme.
 
Et au moment émouvant de vous remettre officiellement de la part de l’Etat de Fribourg cette copie d’oeuvre d’art et cette icône, je veux donc et en conclusion, au nom de celles et de ceux qui contribuent à transformer ce monde, vous remercier, chère Mère Abbesse et chères Sœurs, de poursuivre la contemplation du Saint Sépulcre en n’oubliant pas celles et ceux que je viens d’évoquer dans vos prières.