|
ACCUEIL MONASTIQUE.
Il m'a été demandé de donner un témoignage sur l'Accueil Monastique (AM). Quand cette demande m'a été faite peu avant Noël, j'avais tellement envie de décliner cette proposition! J'avais quelques bonnes raisons pour cela. Bien sûr, Sr Marie-Emmanuel m'avait dit de prendre le temps de réfléchir avant de donner ma réponse. Eh bien, il m'a été impossible de réfléchir, tant me revenait sans cesse cette même pensée : tu ne peux pas dire non, tu as tant reçu! Voilà! L'AM, d'un premier jet, c'est cela: RECEVOIR.
Alors, j'ai dit oui.
Vous parler de l'AM, ce sera simplement vous dire comment je l'ai vécu ici à la MG où, de puis 5 ans bientôt, je me rends plusieurs fois par année pour quelques jours.
Pour qu'il y ait AM, il faut un lieu, le monastère; des personnes, les Soeurs, et puis il y a moi , celle qui a choisi d'y venir. Entre ces 3 pôles, j'ai toujours ressenti une alchimie puissante, que je vis avec une intensité forte à chaque fois, parce que la dimension divine est là et que Dieu est l'auteur et l'acteur de cette alchimie.
L'abbé Pierre a dit que « la seule liberté de l'homme, c'est de tenir la voile tendue ou de la laisser choir. Il poursuit: « le vent n'est pas de nous ». Je suis venue la première fois à la MG à un moment de ma vie où j'avais de la peine à tenir tendue la voile, où j'avais besoin de faire halte et de mieux connaître ce vent. J'ai été élevée dans une famille pratiquante darbyste et éduquée paradoxalement dans un pensionnat catholique où les soeurs devaient me laisser à l'écart de tout enseignement religieux suite à la demande de mes parents. J'ai toujours été en recherche, adolescente puis adulte et une fois devenue maman, d'un lieu de culte pour moi et mes enfants où je me sente en accord, et cela sans jamais être satisfaite.
Quand je dis que l'AM a été et est pour moi un lieu, je pense à l'église qui par son dépouillement et sa pérennité me touche, quand je sais que tant de moniales , d'hommes et de femmes y ont fait résonner leurs chants et leurs prières.
Je pense aux offices qui rythment mes journées quand je suis ici et sont des respirations qui interrompent mes réflexions, mes lectures ou fixent un terme à mes promenades.
Je pense aux prières, récurrentes au fil des jours et des heures qui témoignent que Dieu a toute la place, la première place, et bien sûr ça m'interroge, ça me fait envie, parfois même ça me culpabilise, ça ne me laisse jamais indifférente.
Et je pense bien sûr au silence. Je suis logopédiste; c'est une profession où la parole tient une place importante. J'ai besoin de silence. Celui de la MG est un silence porteur, jamais vide. Il me parle, j'aime l'écouter. Il est dense quand il succède à une prière ou une parole qui me questionne. Il sera fluide, quand nourrie par l'Eucharistie, je suis en paix.
Et il y a les personnes, qui vivent dans ce lieu et le font vivre par leur foi et leur engagement. Mère Abbesse, les Soeurs, P. André et une Soeur que je ne peux pas ne pas nommer, Sr Marie-Emmanuel, avec qui j'ai eu plusieurs rencontres et entretiens lors de mes séjours. Cet accueil est bienveillant. C'est une écoute attentionnée, beaucoup de disponibilité, pas de jugement, de la délicatesse. Des lectures me sont proposées, des pistes suggérées souvent juste au bon moment. Des échanges où je dépose plein de choses concernant mon parcours à la recherche de mon identité religieuse. J'aime ces moments et ils me sont précieux .
Ainsi l'AM c'est tout ce que je reçois chaque fois que je suis à la MG, mais c'est aussi ce que j'en fais et comment il résonne en moi, comment il m'interpelle. Et cela prend du temps, cela doit mûrir, c'est pourquoi je reviens et reviens. J'apprends à me désencombrer. Je repars souvent plus légère. Il y a un passage de la Bible que j'aime beaucoup et qui m'accompagne souvent avant d'aller travailler; c'est celui-ci: « ce n'est pas un esprit de peur que Dieu vous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de maîtrise de soi ». Quand j'arrive à la MG, je pourrais dire que « force » est écrit en petit, parfois en tout petit, « peur » est d'une encre épaisse, « amour » un peu chétif. Quand je repars, « force » est presqu'en majuscule, « amour » est agrandi, et « peur », ma foi, s'il est encore là, c'est qu'il me tient peut-être en alerte, mais en tout cas, il ne fait plus le poids.
C'est donc tout cela que je reçois quand je viens ici. Et en 5 ans, cela fait beaucoup. Durant ce temps, j'ai pu réfléchir sur mon itinéraire, ma relation à Dieu, ma relation aux autres. Des priorités sont devenues évidentes et un discernement progressif m'a permis de trouver enfin un lieu où je pouvais poser mes bagages, non pas la MG!, mais une Eglise dans laquelle je désirais entrer et qui pouvait m'accueillir.
Il y a un peu plus de 2 ans, sentant de plus en plus clairement le désir d'être baptisée, je me demandais comment aborder cela lors de la prochaine rencontre avec Sr M.- E. Et me voilà assise en face d'elle qui, après quelques échanges me dit tout simplement: « est-ce que ce ne serait pas le moment de penser à votre baptême? »Grand silence, un Ange avait sûrement passé! Et voilà, après 2 ans de cathécuménat, j'ai reçu l'an dernier, ici à la MG à la Veillée Pascale, les 3 sacrements initiaux, du Baptême de la Confirmation et de l'Eucharistie.
Vous l'aurez bien compris, pour moi, l'AM c'est beaucoup.
Pour terminer j'aimerais ajouter que quand je prenais des notes pour préparer ce moment, j'abrégeais les 2 mots, Accueil Monastique par AM, et je me suis fait plusieurs fois la réflexion que c'étaient les 2 premières lettres du mot amour, ce qui ne peut pas être le fruit du hasard. Car finalement, si je dois résumer en quelques mots ce qu'est pour moi l'AM, je dirais que c'est:
L'Amour divin et l'Amour humain
qui se rencontrent,
se donnent et se reçoivent. |
|